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Rafettes

Sofia Guellati : « Le plus dur, c’est d’avoir eu une date de reprise qui n’existera pas. »

La nouvelle est tombée en fin de semaine : le championnat de D2 féminine n’ira pas à son terme. Le monde du football féminin est en colère, en témoigne le coup de gueule du président du club d’Izeure (D2). Les Rafettes, qui avaient pour objectif de monter en D1, sont évidemment déçues, alors qu’on leur avait annoncé il y a deux semaines de cela une reprise du championnat le 18 avril. AllezRodez.com est allé faire le point avec Sofia Guellati, défenseuse du RAF.

J’imagine qu’après cette annonce le moral doit être au plus bas, quel est ton premier ressenti ? 

Je dirais frustrée. C’est un coup dur puisque l’on était reparti de plus belle et même pas deux semaines après l’annonce de la reprise on revient en arrière. Le coach nous avait fait reprendre les entraînements le soir et là on rechange. On aura moins de monde à l’entraînement de 16 heures, beaucoup de filles ont un double projet. Le double projet c’est un équilibre, si l’un n’avance pas, ça change tout pour nous. Le coach avait mis en place un programme, avec des matches amicaux, c’était bien huilé, mais le souci c’est qu’on ne peut rien prévoir. 

Le gouvernement vous a fait en quelque sorte espérer en vous autorisant comme tu disais à reprendre les entraînements après 18 heures, et surtout en annonçant une reprise du championnat mi-avril, qui finalement n’aura pas lieu. Votre coach parle d’ascenseur émotionnel, c’est le bon mot ?

Exactement ! C’est lourd parce qu’on est sans visibilité depuis octobre. On attend, on attend encore et encore. La motivation commence à baisser. Tu ne peux pas faire que de l’entraînement, c’est comme si un joueur d’athlétisme s’entraîne pour le JO et les JO s’annulent.

Cette saison, l’objectif était clairement la montée, le RAF était en plus en bonne posture avec une troisième place à trois points de l’ASSE, les leadeuses.

Les objectifs pouvaient être atteints. En plus de ça on finit sur une défaite donc c’est rageant. On a un bon groupe pour faire quelque chose mais on ne peut pas envisager quoi que ce soit. 

Cela met un coup d’arrêt au projet du RAF qui souhaite monter et faire perdurer le club en D1. Le président est attaché à cette équipe, et là ça fait deux ans malheureusement que la montée c’est compliqué…

C’est clair. C’est compliqué à mettre un sentiment sur ça. Si on parle niveau santé, le nombre de morts… On essaie de relativiser. Mais quand on rentre dans le détail de l’arrêt de la compétition… Si on peut se comparer à d’autres compétitions féminines, notamment le handball féminin en D2 qui a repris début janvier. Pourquoi elles et pas nous ? On se pose des questions. Nous aussi on est en D2. La FFF ne se rend pas compte du manque de considération du foot féminin. 

« Ils ne voient pas le terrain comme nous on le vit. »

Le foot féminin est-il encore une fois banalisé ?

Plus que banalisé. Ils ont mis le football féminin en avant pour la Coupe du monde, pour remplir les caisses puis on laisse tomber le sujet. C’est le sentiment que j’ai et que partage d’autres filles dans d’autres clubs. On n’est pas contentes et on n’arrive pas à le mettre en avant. Je pense que dans d’autres fédérations, le sport féminin est mieux considéré. Je ne sais pas si ça passe par les mœurs, les idéologies mais c’est vrai que dans le hand féminin je n’ai jamais entendu parler de sexisme, d’entendre le président de la fédération avoir un mot plus haut que l’autre par rapport aux mecs.

Le N1 d’ailleurs, troisième division masculine, n’est elle pas suspendu…

Et oui, ce n’est pas très logique. Surtout que ça se professionnalise énormément la D2 féminine, beaucoup de filles sont pros. Cela se développe au niveau des clubs mais au niveau national il n’y a aucune considération. C’est dommage car les présidents sont prêts à s’engager envers les filles mais au niveau du National il n’y a pas de retour. 

Et puis l’impact financier n’est pas le même.

Je pense qu’il y a un réel problème d’impact financier. Nous, on ne fait pas beaucoup de recettes comparé à la D1 ou aux hommes. La Ligue 2 masculine, ils ont les droits TV, ils ont de quoi renflouer les caisses.

Est-ce que des solutions auraient pu être trouvées ? Avec par exemple des tests plus réguliers et un suivi renforcé.

Oui mais je pense réellement que le fond du problème c’est la centralisation des pouvoirs au niveau de la FFF. Ils ne voient pas le terrain comme nous on le vit. Ce n’est pas retranscrit par exemple par des Laura Georges, des personnalités qui ont pu connaître le football féminin, ces personnes là ont toutes commencé en amateur, on ne peut pas faire l’innocent.

Avec tous ces retournements de situations, on va peut-être bientôt apprendre que finalement le championnat reprendra…

Ça craint quand même ! Là, c’est risque de blessure x1000. De octobre à aujourd’hui, on a eu une blessure grave. Si on avait pas eu cette trêve ça aurait été différent, les organismes sont préparés différemment. Dans une vie de footballeur, tu n’as jamais trois mois où tu stoppes. 

Comment allez-vous faire pour garder le rythme pour la saison prochaine ?

Là c’est tellement loin, honnêtement je ne peux pas te dire… Notre visibilité est jusqu’au mois de juin. On va continuer à s’entraîner, à avoir une activité et à faire des activités de cohésion, garder le groupe concerné. Le plus dur, vraiment, c’est d’avoir eu une date de reprise qui n’existera pas. De faire un coup oui, un coup non. 

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