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Interview

Pierre Ruffaut : « Ça fait mal au coeur »

Photo : Florian Martinez

C’est un patron qui s’en va. Pierre Ruffaut, cinq ans au club, ne sera plus Ruthénois la saison prochaine. Non conservé par le RAF, le milieu de terrain se livre sans tabou dans un grand entretien à AllezRodez. 

La saison s’est terminée il y a un peu plus d’une semaine, comment ça va depuis ? Ça fait du bien de se reposer ?

Oui ça fait du bien, les saisons sont longues. Cette année, il y a eu pas mal de matchs en semaine vu qu’on avait repris plus tard avec la Covid. Je reste un peu tranquille là, j’attends de savoir quelles sont les opportunités pour la saison prochaine, je profite avec mon fils. 

La nouvelle qui gâche peut-être un peu les vacances, c’est que tu n’es pas conservé par Rodez la saison prochaine, comment le club te l’a annoncé ?

Ils me l’ont annoncé tard, comme pour la plupart. Le coach est venu me voir avant le match contre Nancy en me disant que le club n’allait sûrement pas me conserver. Le président nous a un peu briefé un mois avant la fin du championnat pour que tout le monde reste concerné, qu’il ne savait pas encore trop ce qu’il allait faire. Je pense qu’il avait malgré tout son idée en tête.

Tu n’as pas beaucoup été titularisé cette saison, contrairement à la précédente. Tu ne t’y attendais pas à partir ?

Au fur et à mesure de la saison je m’y attendais un peu, on ne savait pas trop les répercussions qu’aurait la Covid. On savait que le groupe serait réduit sur la saison qui arrive donc automatiquement quand tu sais que tu as un âge plus avancé que les autres, tu te dis que tu vas faire partie des premiers. C’est un choix du club qui se respecte, beaucoup de clubs vont dégraisser. 

Tu ne penses pas que tu pouvais être dans le groupe au moins une saison de plus ? 

Bien-sûr, moi je me sentais apte à faire une saison ou deux de plus, j’ai la possibilité encore de jouer quelques années je pense. J’ai vécu une saison un peu différente car j’ai toujours été un joueur qui jouait, le fait de se retrouver sur le banc, d’avoir moins de temps de jeu et d’arriver à cet âge là, ce n’est pas facile pour les jambes et pour la tête. J’ai su répondre présent cette saison, tout le monde a aidé cette année. Je me sens encore bien en forme, après c’est comme ça…

Que penses-tu justement de ta saison ?

J’étais un peu surpris au départ de ne faire plus trop partie des plans, je l’ai dit à la direction, au coach, avec qui je m’entends très bien. J’ai eu l’impression d’être un peu mis de côté comme d’autres, sans être trop mis au courant, sans des discussions au départ, je trouvais ça un peu dommage. Je suis rentré dans ce moule là, d’être remplaçant, j’ai donné le meilleur de moi. Je ne voulais pas non plus m’embrouiller ou changer ma personnalité. Après, il y a eu des moments un peu compliqués, surtout quand l’équipe ne gagnait pas en début de saison. Je trouvais qu’on faisait tourner pour faire tourner, je pense que certains joueurs ne méritaient plus trop de jouer à un certain moment, ils auraient pu faire un tour sur le banc, ça n’aurait pas fait de mal mais bon. Heureusement, sur la deuxième partie, on est parti sur les chapeaux de roue, ça nous a sauvé la saison.

C’est ce que disait le coach, que le groupe était moins uni en début de saison, qu’il y avait peut-être trop de rotation.

Oui, c’est vrai qu’ils faisaient plus tourner en début de saison, après avec le système, on a essayé quelque chose, ça n’a pas forcément marché. Heureusement on a bien enchaîné contre les gros !

En parlant de gros, tu as mis un super coup franc contre Clermont.

C’est sûr que j’étais content. Clermont, c’est une équipe qui nous réussit. C’est le club phare de ma région. Je m’en souviendrai longtemps. 

Avec en plus Arthur Desmas aux cages…

Oui Arthur le pauvre, j’étais un peu désolé pour lui, il ne m’en veut pas je pense, surtout qu’ils sont en Ligue 1.

« C’est une fin de cycle »

Laurent Peyrelade vous a offert une belle porte de sortie avec ce dernier match à Grenoble. Il y avait beaucoup d’émotions ?

C’est ce qu’il voulait faire depuis un petit moment, il l’avait dit, le dernier résultat à domicile lui a permis de faire ça. C’était bien après ce n’était pas un super cadeau dans le sens où il n’y avait personne au stade. Il y avait de l’enjeu pour Grenoble, ça aurait pu être beau avec un stade plein, avec ma famille présente. Ça fait une sortie un peu différente de ce qu’on aurait pu avoir en termes de joie, d’émotions. Même contre Nancy, je suis rentré, ça aurait été mieux avec les supporters. Laurent a fait une belle causerie, qui a donné de l’émotion à la plupart. Il a beaucoup insisté sur le plan humain, sur la force du groupe, qui à Rodez a été le fil conducteur sur les cinq saisons. Après les gens sont exigeants, on est en Ligue 2, c’est merveilleux, faut reconnaître que ce que l’on a fait c’est écrit dans l’histoire du club.

Tu as passé 5 saisons au club. Comprends-tu que le RAF se sépare de ses anciens cadres comme toi ou bien Aurélien Tertereau ?

Je ne vais pas dire que je comprends, oui et non. Je comprends par rapport à la situation à cause du Covid. Par rapport au reste pas trop parce qu’on a quand même pas mal de matchs, on était quand même des piliers de l’équipe, sur le terrain et dans le vestiaire. Ça fait mal au cœur car on s’attache. Quand tu passes plusieurs années dans un club, un même endroit… Ce n’est pas facile en plus d’être fidèle à un même club dans ce monde là. Sur l’ensemble des saisons, on a tous des stats intéressantes. L’objectif final était de partir sur une bonne note, de maintenir le RAF. 

Tu penses que ça peut déstabiliser le vestiaire pour la saison prochaine ces nombreux départs ?

Je ne peux pas te dire. Ça va être spécial. Le coach le sait, la direction le sait, c’est une fin de cycle. Quand il y a de nombreux départs, tu reconstruis ton équipe, bien-sûr tu gardes quelques cadres comme Bardy et Sanaia qui ont re-signé mais malgré tout, ça peut être compliqué, comme pas du tout. Faut que la mayonnaise prenne. Quand tu construis un nouveau groupe, tu ne sais pas trop comment ça va se passer. Il ne va pas falloir se tromper sur les recrues. Il n’y en aura pas beaucoup. Les recrues que l’on avait fait à Rodez auparavant ne se sont pas toutes imposées à 100%. J’espère pour eux qu’ils seront dans la continuité de ce qu’on a fait ces dernières saisons.

Cette saison, l’objectif était le maintien. Quelle a été la force principale du RAF pour l’atteindre ?

Je pense que c’est l’esprit du groupe, la solidarité, de ne rien lâcher, car à un moment on était bien dans le trou. Après notre tactique aussi, le coach a gardé ses principes et ça c’est fort, il est revenu à son 3-5-2 et on a vu qu’on était pénible à jouer, même si ce n’était pas toujours très beau. Les équipes en avaient marre de jouer contre nous, on laissait peu d’espace. En deuxième partie de saison on a pris beaucoup moins de buts, on a fait beaucoup moins d’erreurs. 

« Je suivrais le RAF toute ma vie »

Suivras-tu le RAF la saison prochaine ?

Je suivrais le RAF toute ma vie, parce que voilà j’ai pas fait non plus 10 clubs, tu suis tes clubs quoi qu’il arrive. J’espère que Rodez restera au haut niveau le plus longtemps possible. Je sais que le président a l’ambition de même un jour espérer la Ligue 1, après c’est encore autre chose. Après pourquoi pas, Clermont y arrive au bout de 30 ans. Mais il faut reconnaître que c’est beau d’être dans les 40 meilleures équipes de France.

Que penses-tu de tes anciens coéquipiers du milieu de terrain ? 

Déjà, je vais commencer par Dav (Douline), parce que je le connais depuis assez longtemps. J’ai déjà joué contre lui quand on jouait en CFA. Il m’avait marqué par son impact, sa solidité défensive, il correspondait parfaitement à la marque de fabrique du RAF. C’est un excellent joueur, je le suivrai avec beaucoup d’attention, on a vécu des bons moments ensemble, j’espère qu’il pourra connaître un niveau un peu plus haut, en France ou ailleurs, il le mériterait.

Rémy (Boissier) pareil, il est revenu au club, il a fait une excellente saison, c’est quand même incroyable de mettre autant de buts pour un milieu relayeur, un poste qui demande beaucoup de volume, beaucoup de courses. De revenir ici, je pense que ça lui a remis le cerveau un peu à l’endroit. Il avait vécu une première saison en Ligue 2 avec Le Mans un peu compliqué et de revenir ici ça lui a redonné de l’élan. 

Jo (Leborgne), j’ai appris à le connaître cette saison, il est monté en puissance, ça se voit qu’il a un mental d’acier. C’est un mec qui ne lâche rien. C’est un travailleur, j’aime bien ce profil de joueur qui essaie d’aller vers l’avant, de casser les lignes par les passes.

J’ai aussi bien aimé le petit Ponceau. Il a le talent. Quand je vois que ce sont des 2000 je me dis : “Ah ouais quand même.” C’est beau, jouer comme ça à cet âge là c’est bien. J’espère qu’il fera les bons choix et qu’il trouvera une équipe qui lui permettra d’évoluer.

Cette saison, qui t’a le plus impressionné ?

Je pense que tout le monde le sait ici, ça reste Dav (Douline). Tu vois que quand tu ne l’as pas l’équipe est différente, c’est plus dur, surtout qu’on est basé sur bien défendre, quand tu perds un élément comme ça tu vois que c’est compliqué. 

Et celui qui t’a le plus marqué toutes saisons confondues ? 

Je dirais Arthur Desmas, ce qu’il nous a fait dans les buts c’était merveilleux. ll travaillait tout le temps, il a été décisif. Il l’a démontré à Clermont cette saison. Quand tu fais une vingtaine de clean-sheet, ce n’est pas pour rien. Je pense que ça sera le meilleur gardien avec lequel j’ai joué. Il arrive en Ligue 1, c’est beau, il va se retrouver face à de grands joueurs, c’est mérité.

Il y a un adversaire qui t’a fait forte impression cette saison ? 

Il y en a beaucoup en Ligue 2. On a tous voté pour l’équipe-type. Le plus talentueux je pense que c’est celui qui a été élu meilleur joueur, le petit Adli, on sent que sur le terrain il vole, il est au-dessus de beaucoup de joueurs par rapport à son âge, il m’a impressionné. 

« Je n’allais pas être éternel à Rodez »

Parlons de ton futur maintenant. À presque 34 ans, quelle est ton envie ?

Les gars que je côtoyais chaque saison me disaient : “Ouais Ruff tu fais pas ton âge, continue au maximum”, donc c’est plutôt flatteur, ça te donne envie d’aller loin, de continuer à un bon niveau. La Ligue 2 peut-être que ça sera un peu plus compliqué mais retrouver un bon projet, repartir sur un deux ans, avec un projet de remontée, retrouver du temps de jeu, s’éclater. Je me verrais jouer au moins jusqu’à 36 ans si possible à un bon niveau. Certains me disent jusqu’à 38, 40, après il y en a qui s’enflamment (rires), ils ne sont pas avec moi tous les jours non plus. 

Tu as des pistes pour la saison prochaine ?

J’avais des pistes. Pour le moment, j’attends un petit peu. Tout le monde est en train de dégraisser, de faire un point avec son propre effectif, je pense que j’aurais des possibilités, surtout en National. Après on attend de voir, j’espère que ça ne sera pas trop long. Je ne perds pas espoir, j’espère que d’ici le mois de juin j’aurais des touches. C’est ma compagne qui fera le choix (rires). Elle m’a déjà suivi à Rodez, ce n’est pas facile pour les compagnes de suivre les joueurs, je la respecte aussi à ce niveau-là. En plus, je suis un peu en fin de carrière, il y a plusieurs choix qui vont se poser. Se rapprocher de la famille ça peut-être aussi sympa. 

Ça ne te fera pas bizarre d’évoluer sous un nouveau maillot après cinq saisons passées ici ? 

Carrément, ça va faire bizarre. Et même de changer de cadre de vie, mais bon il y a une fin à tout, je n’allais pas être éternel à Rodez, je m’y attendais à un moment ou un autre, j’aurais aimé que ça soit retardé un petit peu mais bon. C’est comme ça, je pars sur une bonne note, ça aurait été dommage qu’on descende et que l’on parte. Aujourd’hui, le club est en Ligue 2, c’est nous pour la plupart qui l’avons monté jusqu’ici, c’est une grande fierté.

Tu te plaisais vraiment ici j’ai l’impression…

Oui je me plaisais, le cadre de vie est bien. Moi je n’ai pas besoin de la grande ville, je préfère être en famille tranquille, faire des balades, je pense qu’il y avait l’embarras du choix.

Quel est ton meilleur souvenir au RAF ?

Le meilleur souvenir je pense que c’est lorsque l’on joue Boulogne ici, on gagne 3-0, on est chez nous, je pense qu’il y a la plus forte affluence depuis que je joue à Rodez et j’arrive à faire trois passes décisives, avec une montée en Ligue 2 au bout, magnifique. Après, il y a aussi les premiers matchs à Toulouse, tu es en Ligue 2, il y a de l’excitation et en plus tu joues dans le Stadium, tu as l’impression d’avoir sauté deux étages en une saison.

Et ton pire ?

Des mauvais souvenirs, il n’y en a pas eu beaucoup, je ne me suis pas blessé. Je dirais à chaque fois sur la Coupe de France, on était déçu, il n’y a pas eu d’épopée dans cette compétition, on a pas pu rendre à notre public un gros match de Coupe de France à Paul Lignon, c’est dommage. 

Un dernier mot pour les supporters ?

J’espère qu’ils vont retrouver les stades rapidement, ça doit leur manquer aussi. Ça manque aux joueurs. Au début on s’était un peu habitué mais au final ça nous a bien manqué. Je les remercie pour leur soutien, leurs encouragements tout au long de ces saisons et puis je leur souhaite le meilleur, que Rodez reste le plus longtemps possible en Ligue 2, les supporters le méritent aussi. C’est un club qui vit bien, avec une belle ville. Il va falloir patienter un peu pour le stade, c’est dommage. Je reviendrais avec grand plaisir, je me mettrais dans le KOP, bien installé.

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